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 ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR

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julie
Boss Hogg
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Date d'inscription : 05/04/2005

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MessageSujet: ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR   ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR Icon_minitimeDim 9 Avr - 15:15

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Quel souvenir gardez-vous de Coluche, 20 ans après sa triste disparition ?

Je n'ai pas connu Coluche personnellement car je suis bénévole aux Restos depuis 1986 - l'année qui a suivi sa disparition. Je garde l'image d'un homme qui a passé les neuf derniers mois de son existence à essayer de bouger des montagnes et qui y est arrivé, d'un homme qui venait presque tous les jours à la radio ou à la télévision expliquer qu'il fallait un élan urgent de solidarité envers les plus pauvres, de celui qui a lancé la loi fiscale qui porte son nom, de celui qui a réussi à convaincre l'Union européenne et notamment Jacques Delors, d'ouvrir les frigos de l'Europe afin d'éviter les stockages de marchandises. Pour finir l'image de Coluche qui a réussi à lancer la solidarité des artistes par le biais des Enfoirés qui fonctionnent toujours 15 ans après, d'un homme qui a lancé les Restos du coeur qui fonctionnent malheureusement toujours 20 ans après. Voilà l'image de Coluche, un formidable mobilisateur d'énergie.


Votre parcours aux Restos du coeur ? Quelle était votre ambition première ?

J'étais étudiant en école de Commerce à Sub de Co Amiens. La première année, Coluche cherchait à faire un relais de l'action des Restos dans les régions. Il s'est dit qu'il y avait des écoles de commerce dans chaque grande ville de France. C'est comme ça que la plupart des implantations régionales françaises ont été lancées. On m'a demandé si je pouvais donner un coup de main. Coluche venant de mourir, les Restos essayaient de renaître grâce à leurs fondateurs. J'ai dit oui pour un an et ça fait 19 ans que tous les ans, je me dis "allez, encore un an !".


Comment les fondateurs ont-ils assuré la continuité des Restos sans leur principal leader ?

Je crois que tous ceux qui s'étaient engagés auprès de Coluche avaient adhéré à une idée simple : plutôt que d'aller se plaindre d'une situation et d'aller manifester de Bastille à Nation, plutôt que d'envoyer de façon anonyme des sacs de riz en Afrique alors que des gens crèvent de faim, de froid et de solitude en bas de chez eux, essayons déjà de retrousser nos manches et de faire ce qu'on peut à notre niveau. Faire les choses plutôt que de les dénoncer. Ils avaient adhéré à une deuxième idée : se dire, quand on a un peu plus de chance que les autres, quand on a un toit, une famille, un travail, essayons de donner un peu de chance à ceux qui en ont moins. Adhérant à ces idées, les fondateurs ont essayé de prolonger l'élan de Coluche comme ils pouvaient. Ils ont donc rappelé tous les bénévoles de la première année, ont essayé d'en faire adhérer de nouveaux et les Français qui étaient convaincus de l'action de Coluche ont continué à soutenir l'association.


En 20 ans d'action, quel bilan faites-vous des restos du coeur ?


ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR 247_cari
Malheureusement, la situation n'a fait qu'empirer. Aujourd'hui les restos, c'est à peu près 10 fois plus d'aide, 10 fois plus de bénévoles, 10 fois plus de personnes accueillies qu'il y a 20 ans. La précarité est aujourd'hui à un seuil d'alerte : 4 millions de personnes vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté ; un déficit d'un million de logements ; près de 100.000 personnes vivent dans la rue ; des taux de chômage qui, même s'ils baissent légèrement, sont encore très élevés ; plus 1.200.000 allocataires du RMI qui viennent s'ajouter aux chômeurs. Mais c'est aussi des gens qu'on accueille, qui sont dans une situation de plus en plus fragile avec en 20 ans, l'apparition de jeunes, des personnes âgées, des mamans seules avec enfants, des travailleurs pauvres ne pouvant faire face aux charges élémentaires des loyers. C'est paradoxal ! Les Restos du coeur est l'association préférée des Français d'après un sondage paru il y a un an et 85% des Français ont confiance en nous d'après un sondage paru il y a 15 jours. 45.000 bénévoles, mais malheureusement, en face, on a de plus en plus de boulot.


Justement, comment expliquez-vous cette évolution ?

Prenez l'exemple de centaines de milliers de personnes qui travaillent à temps partiel payés au SMIC : peuvent-elles se loger dans les centre-villes de Lyon, Marseille, Toulouse, Paris avec le montant des loyers et des charges d'aujourd'hui ? Avoir un travail ne suffit pas à avoir les moyens de faire face aux charges élémentaires de la vie courante. Des gens qui ont un job et qui n'ont pas assez pour s'en sortir sont donc obligés d'avoir recours à des associations caritatives. Ceux qui viennent aux Restos ne sont pas des gens qui viennent profiter d'un système mais plutôt ceux qui n'ont pas d'autres moyens pour s'en sortir. Il y a un proverbe chinois terrible de vérité : "Quand les gros maigrissent les maigres dorment…" Un autre exemple : les aides au logement n'ont pas été indexées sur la hausse des loyers et des charges locatives. Cela signifie que les gens qui arrivaient à se loger grâce aux aides au logement ont vu, depuis trois ans, leurs restes à payer augmenter. Une politique publique volontariste aurait été d'indexer ces aides au logement sur l'indice des loyers. Voilà ce que c'est d'avoir une pensée en continue pour les plus pauvres, et de se battre en permanence contre l'exclusion.


De plus en plus de dons, mais de plus en plus de personnes dans le besoin...

Nous Restos, qu'est ce qu'on peut faire et qu'est ce qu'on sait faire ? On peut accueillir, écouter les gens sans les juger, leur tendre la main et leur donner un coup de main pour les aider à s'en sortir, mais c'est juste la base. Quand il faut trouver un logement, un emploi, un accès aux soins, là il faut des politiques publiques. Les associations sont et seront toujours utiles pour tendre la main à ceux qui trébuchent, pour éviter qu'ils sombrent. Mais les Restos n'ont pas à se substituer aux pouvoirs publics dont le travail est de fournir des politiques plus solidaires. Et ce sans attaquer la droite ou la gauche. En 20 ans d'existence, on a eu 10 ans de gouvernement de gauche et 10 ans de gouvernement de droite et on est présent dans autant de villes de gauche que de villes de droite. Que ce soit l'Etat, les villes ou les départements, chacun a sa part de responsabilité dans ce qui se passe. La prise de conscience de la nécessité d'avoir des politiques publiques plus volontaires pour trouver des débouchés et des sorties à ces situations d'exclusion est encore trop faible.


Effectivement trouvez-vous que les pouvoirs publiques ont bien su évoluer vis à vis des Restos ?
ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR 247_concert1

Ils ont su évoluer devant l’évidence, devant la réalité des choses. Ils ont bien vu que les Restos du coeur était une association concrète de terrain, sérieuse, engagée et volontariste, que c’était des dizaines de milliers de personnes sur le terrain. D’ailleurs, en soutenant l’action des Restos, cela leur permettait d’apaiser la situation des plus démunis sans avoir à agir eux-mêmes. Ils soutiennent bien sûr les restos, nous écoutent, ont parfois des décisions très favorables aux pauvres comme la loi Coluche votée à l’unanimité, le plan européen d’aide aux plus démunis ou encore certains dispositifs du plan Borloo. Mais même si il y a une action des pouvoirs publics en relais des associations on aimerait que ce soit presque l’inverse : que ces associations humanitaires ne soient en fin de compte qu’un relais d’une politique publique beaucoup plus volontariste et plus efficace.


Pensez-vous que les Enfoirés soient devenus aujourd'hui indispensables à la survie des Restos du coeur ?

Ils sont très utiles pour nous aider à boucler notre budget. Les Enfoirés sont un apport financier énorme qui nous donne des moyens d'actions et d'indépendance vis-à-vis des subventions. L'an dernier, ils nous ont rapporté 23 millions euros, c'est-à-dire quasiment le quart de notre budget annuel.


Les Français ont donc besoin de voir leurs chanteurs préférés à la TV pour penser à faire des dons ?
ENTRETIEN AVEC LE PRESIDENT DES RESTOS DU COEUR 247_concert2
Non, d'ailleurs les dons sont complètement indépendants. Il y a une émission des Enfoirés par an alors qu'il y a des dizaines de reportages sur les actions des Restos, et c'est justement à l'issue de ces reportages que viennent les dons. Ce sont deux choses très différentes : il y a les Enfoirés dont on parle beaucoup parce que c'est une manifestation artistique extraordinaire avec plus de 40 artistes qui font déplacer plus de 100.000 personnes, qui sont regardés par plus de 11 millions de téléspectateurs. Et ça depuis 15 ans. Derrière, plus d'un million de CD et de DVD sont vendus ! Mais c'est qu'une fois par an. Le reste du temps, ce sont des reportages sur toutes les actions des Restos : la distribution, les relais bébé, le logement, l'insertion, l'hébergement, les ateliers contre l'illettrisme, les jardins du coeur... qui donnent aux gens l'envie de nous aider et d'avoir confiance en nous.
Tout au long des mois de janvier et février, une série de mini reportages vont être diffusés le dimanche soir pendant 12 semaines consécutives. A l'issue du concert des Enfoirés diffusé le 7 avril au soir, un débat sur l'association intitulé 'Les Restos du coeur, pour s'en sortir' et présenté par Patrick Poivre d'Arvor se tiendra. Prochainement, une autre émission montrera comment des démunis s'en sont sortis. Et puis, tout au long de la campagne, les journaux télévisés relaient l'information. Globalement, sur une année, il y a environ une cinquantaine de passages télévisés et radios sur l'action des bénévoles sur le terrain.


Dorothy Glaiman pour Evene.fr
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